Le Chant du Sacrieur.

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Le Chant du Sacrieur.

Message par Smyrne le Jeu 15 Jan - 10:36

HRP: Voilà, certains l'ont peut-être déjà lu sur le forum de Wakfu, mais je reposte ici mon BG. /HRP.

Chapitre premier : L' avènement de la Folie

Sacrieur. Le Dieu du Sacrifice, celui qui se fait le Bouclier des autres. Un dieu qui peut sembler bienveillant mais qui comme toute chose, se révèle posséder une part d'ombre. Ou peut-être était-ce depuis toujours sa vraie nature. Ou alors était-ce simplement une aberration qui n'aurait jamais dû voir le jour...
Voyons le Destin du pauvre être sur qui les flot opaques de cette sombre histoire vont fondre....

Il existe différente manière de vénérer un Dieu. L'une d'entre-elles consiste à vivre selon les préceptes et les idéaux que cette entité cristallise. Penchons-nous sur une peuplade de nomades. Tous sont de fervents serviteurs de Sacrieur et partout où ils passent on vante leur noblesse d'âme et leur altruisme.
Mais cette attitude au combien généreuse cache des rituels que beaucoup qualifieraient d'inhumains et d'aberrants.
Le plus marquant est l'abandon du premier né.
La Voie du Sacrifice consiste d'abord à sacrifier ce qu'il y a de plus sacré et de plus important pour un jeune couple : le premier enfant.
Une fois la déchirante et douloureuse séparation effectuée, le couple devient enfin complet et est considéré comme adulte.

Attardons-nous maintenant sur un de ses nouveaux-nés, laissés seuls au milieu d'un environnement qui aura tôt fait de les dévorer et de les ramener au néant dont ils étaient issus. Ce petit bout d'homme sommeille sans connaître la cruelle destinée qui l'attend. Son visage poupin a la beauté de celui qui dort du sommeil du juste tandis qu'un fin duvet blanc couvre sa petite tête.
Admirons maintenant ce que certains appellent la Chance et que d'autres nomment le Destin. Car seul le petit ne le resta pas longtemps car la Causalité, le Hasard ou tout autre nom provoquèrent un Deus Ex Machina comme il en arrive rarement : un voyageur Sadida passa et vit les langes qui trainaient tel un phare blanc au sein d'un océan de verdure.
N'écoutant que son bon coeur et la pitié qui perlait dans son âme, l'homme prit l'enfant.
Il s'occupa du nourrisson comme il put alors qu'il marchait pour retourner dans son village natal, un quelconque hameau paumé au fin fond d'une forêt broussailleuse et peu engageante comme les aime ce peuple étrange.

Laissons là les moments niais et dégoulinant qui suivirent et passons au vif du sujet.

Les années passèrent et le nourrisson devint un jeune homme du nom de Smyrne Velir. Notre sujet faisait un peu tâche au sein du village des Sadidas, il était par trop énergique et ne montrait aucune aptitude à la communication végétale mais on l'aimait bien....Comme on aime une mascotte. Le temps passa encore et le jeune homme ressentait un vide qui grandissait en lui.
Lorsqu'il en parla à sa famille, celle-ci ne put que lui conseiller de faire ce que Sadida faisait : partir en voyage initiatique et chercher conseil auprès d'arbres anciens. Ils ajoutèrent cependant une close à ce constant : il allait devoir tracer sa route seul puisque la Flore ne lui viendrait pas en aide...

D'une certaine façon Smyrne se sentait prêt à quitter son lieu de vie depuis un certains temps mais l'idée de laisser ce qui était sa famille derrière lui, pressait son coeur dans l'étau de la souffrance.
Malgré tout, il prit ses affaires, un peu d'argent et partit à l'aventure....
Et maintenant, je laisse la place à un meilleur conteur que moi : le héros de cette histoire. Ou plutôt ses mémoires...



"...Je me souviens encore du jour où je quittais mon village natal, le coeur gonfler d'espoir et de tristesse et quand j'y repense, je me dis qu'être jeune, c'était être naïf et stupide et qu'en grandissant on perdait en naïveté ce que l'on gagnait en stupidité. Je n'avais même pas pensé à prendre des vêtements chauds, oubliant que le reste du monde n'était pas un lieu au climat doux. Heureusement que les plumes des Pious sont aisées à acquérir, je pus ainsi calmer le froid qui mordait mes chairs à mesure que j'errais sur les terres des Douzes. La faim aussi me tenailla mais je pus trouver subsistance grâce aux nombreux champignons que j'avais appris reconnaître. Mais tout cela n'est que bile-versée par rapport au but des lignes que j'écris en ce moment.
Ce message s'adresse à ceux qui seront mes descendants si un jour j'ai la faiblesse de procréer et de répandre mon mal au premier de ceux issus de mes entrailles. J'ai passé mon existence à lutter contre ce mal et si l'espoir n'a toujours été qu'un mince fil d'arakne, il en avait la résistance et c'est grâce à cela que je suis aujourd'hui capable d'écrire ces lignes.
Peut-être la folie dévorera bientôt mon esprit mais pas avant d'avoir fini de transmettre ce message : rien n'est inéluctable ! Si les Ténèbres vous dévorent, dévorez-les ! Si la Lumière vous éblouit, éblouissez-la ! Rien ne doit vous arrêtez ! Vous seuls lutterez et vous seuls vaincrez...ou sombrerez...

Lisez ces lignes et trouvez dans mes souvenirs des perles de sagesse qui peut-être vous permettront d'échapper à un funeste destin.

Mais lecteurs, excusez de m'être trop éloigné de mes mémoires pour cet aparté virulente.

Malgré mes vêtements de plumes, le froid d'une nuit se mit à me transpercer jusqu'aux os. Je ne sais toujours pas si ce froid était naturel ou si j'étais déjà le jouet de quelques démons. En tout cas, je fus obligé de chercher un abri car la belle étoile m'aurait rendu aussi glacé que son éclat et va vie se serait éteinte dans cette étreinte polaire.
Errant sans reconnaître un sentier, je finis par découvrir une chapelle qui sombrait dans l'oubli. Le lierre et les ronces semblaient lutter face à la pierre comme une armée tentant de prendre un fort. Cette bataille silencieuse me fit un instant oublier mon corps souffrant...Sans crainte, guidé par un instinct de conservation des plus primitifs, j'entrais dans ce qui restait du bâtiment. Certes il y faisait froid mais j'y trouvais assez de bois pour créer un bûcher. Je me contentais d'un feu. Les flammes dansèrent gaiement sous mes yeux, réchauffant ma peau et mes muscles. La sarabande flamboyante fit apparaître de nouveaux danseurs sous la forme d'ombres sur les murs et je pus jauger de la taille de la pièce où je me trouvais. Environ dix mètres de long pour la même chose de large et un plafond....ahurissant. Je ne l'avais pas remarqué de l'extérieur mais le toit devait se trouver à pratiquement vingt mètres au-dessus du sol. Composé de clefs de voûte baroques, il écrasait de sa splendeur tout l'espace, je me sentais alors plus faible qu'un nouveau-né. Mon regard erra ainsi longuement sur les décorations ouvragées lorsqu'un éclat attira mes yeux. Quelque chose brillait d'un éclat cuivré. Ma vue s'accoutuma et vit d'où il provenait. Un tuyau luisait à la lueur des flammes. Ce tuyau en rejoignait d'autres qui formaient un orgue qui montrait son apparence majestueuse au fond de la pièce.
L'appréhension monta dans mon esprit car je n'avais pas remarqué cette structure massive qui couvrait tout le mur. Je mettais cela sur le compte de la fatigue. Mais plus étrange encore était la forme de l'orgue, non seulement il était immense mais ses tuyaux se croisaient comme des serpents ou prenaient des angles improbables. En fait sa structure elle-même était improbable, pleine de bosses et de creux, a tel point que l'oeil s'y perdait, ne distinguant plus les droites des courbes. Sans savoir pourquoi cette observation faisait monter en moi une peur panique.
Celle-ci explosa lorsque le siège réservé à l'organiste bougea. Je ne vis que des cheveux éparses et des mains osseuses avant que l'Enfer ne commence et encore....peut-être n'était-ce qu'un cauchemar aux relents de réalité. En tout cas, l'Enfer qui en naquit fut bien réel.

Lorsque j'eus la fugace impression de voir des mains s'animer sur le clavier, je crus entendre un sifflement. Il devient un vrombissement puis une cacophonie.
De toute part une musique saccadée et déchirée semblait être expulsée avec une violence digne des tempêtes. Mais puis-je nommer ce que j'entendais "musique" ?
Les notes s'enchainaient à une vitesse diabolique sans logique ni harmonie, pire qu'une cacophonie, c'était un Chaos musical, un désaccord complet qui vrillait mes oreilles et mon esprit y déchirant ma raison. Je n'étais plus quelqu'un qui subissait une horreur. Je devenais cette horreur qui vibrait dans chaque fibre de mon corps. Je n'étais qu'un fétu de paille engloutit par une tempête qui me disloquait au son du tonnerre.
Puis tout s'arrêta. Un instant, le calme s'imposa. Puis la cavalcade infernale des notes reprit allant crescendo mais cette fois il s'agissait d'une vraie musique. Démente. Distordue. Aberrante mais une vraie Mélodie qui déchirait tout, corrompait tout, violait les lois même du son.
Pétrifié, flagellé par la violence et la folie que véhiculait l'orchestre dantesque qui semblait surgir de l'orgue, j'en venais à voir la Beauté de la Corruption, l'Horreur de la Beauté. Tout. Tout devenait une sorte de chaos primitif où tout se mélangeait sans vergogne et j'en finissais par en ressentir un plaisir macabre, une jouissance que seule la Folie et l'Oubli et la Négation peuvent engendrer. Mais aussi une béatitude comme seul les plaisirs simples peuvent apporter et le repos de la routine.
Quelque chose en moi se fissura alors. Comme un brèche dans la muraille de ma conscience. Si j'avais eu l'impression que la Musique me pénétrait, cela n'avait rien avoir avec ce que je subissais alors.
Un déluge de souffrance. Mon esprit se broyait, mon âme hurlait toute son horreur et mon corps se révulsait devant toute l'indicible chose qui était devenue ma compagne.
Les flammes et les ombres continuaient de danser devinrent pour mes yeux brouillés par la folie, des démons ricanant, fêtant l'avènement d'une ère nouvelle.
Quant à moi, je n'étais plus qu'un corps hurlant, ayant dépassé les limites du supportable. J'avais même l'impression que mon cri seul couvrait toute la musique.
Et ce fut toujours perdu dans un hurlement sans fin que je sombrais dans l'inconscience....
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Re: Le Chant du Sacrieur.

Message par Smyrne le Jeu 15 Jan - 10:39

Chapitre second : l'Eveil de la Bête

"...Je ne me souviens que d'une chose après cette nuit cauchemardesque : mon réveil à cause d'un raclement constant. Le son de quelque chose frottant inlassablement le sol avait finit par me tirer de l'inconscience où j'avais sombré sans m'en rendre compte, prisonnier d'une réalité qui dépassait le rêve.
Lorsque mes yeux s'ouvrirent, ma première vision fut celle d'un homme à peine plus âgé que moi. La lumière intense d'un contre-jour lui donnait un air angélique. Je me demandais alors si je n'étais tout simplement pas passé dans un autre aspect de la folie nocturne. Son sourire me semblait semblait sincère et dessinait sur sa peau halée un arc délicat qui soulignait la courbe gracile de son visage. Des cheveux bruns encadraient ce visage et tombaient une courte cascade autours de longues oreilles. Il ne parla pas, se contentant de placer son index sur sa bouche. L'homme releva la tête comme pour chercher son chemin. je détournais alors mon visage observant ce qui émettait ce grésillement. Je me trouvais sur un brancard de fortune fait de branches et de drap liés avec adresse. Péniblement, je relevais ma nuque pour observer la personne qui chevauchait la monture trainant le fardeau que j'étais. La silhouette était imposante. Cet effet était renforcé par le tabard blanc et rouge qui enveloppait.
Je ne poussais pas plus loin car une violent nausée secoua mes tripes. Un râle surgit de ma gorge. Le ronronnement qui en résulta, provoqua chez une onde de douleur. Ma trachée me semblait non pas en feu mais entièrement mutilée. Surpris par cette peine, je tâtais mon cou pour y trouver un bandage.
L'homme du début dit d'une voix douce : " Je suis désolé pour cela, quand nous vous avons trouvé, vous déliriez et vous vous êtes pratiquement arraché la gorge..."

Je déglutis, provoquant une nouvelle réaction douloureuse.
Un flash me revint. Perdu dans mon cri éternel, une souffrance lancinante avait fini par naître dans ma gorge et un étrange réflexe m'avait poussé à y plonger mes ongles...pour tenter d'arracher la source de cette sensation supplémentaire.
Finalement, je sombrais dans un état semi-comateux, mon corps essayant avec désespoir de reconquérir l'énergie perdue...
Durant le temps qui passait, je finis par savoir que le groupe qui me transportait était composé de huit personnes en comptant l' "ange" et la silhouette en tabard.
Quelques heures passèrent et alors que je sommeillais, le bruit qui m'avait éveillé se tut ce qui m'éveilla non sans ironie. Le groupe s'était arrêté.
Les chevaux changèrent promptement de disposition. Mon sauveur bronzé fut entouré de trois cavaliers tandis que les autres se disposaient en ligne devant le reste. Je tournais un peu la tête sur ma droite et aperçu un bois assez touffu mais surtout au premier plan se trouvais une jeune femme. Sa physionomie indiquait une origine Crâ. Avec précaution elle sortit un arc et le pointa vers l'avant du groupe. Moi mon regard restait attiré par la forêt.
Dans cet état de concentration étrange, je ne sus pas réellement ce qui passait au devant, mais je compris tout de même que nous étions assaillis et les cris indiquaient une présence humaine.
On se battait devant moi. Mon brancard fut détaché avec violence alors que la grande silhouette chargeait en poussant un cri de guerre.
Curieusement, les sons de la bataille, bruits de lames s'entre-choquant, pas de course, gémissements de blessés et halètements d'effort me firent oublier ma douleur.
Soudain, mû par un instinct bestial ou une illumination fugace, je bondis de ma couche sans savoir d'où pouvait provenir la force qui me faisait jusqu'alors défaut. Ma main s'élança d'elle même et partit au devant de l'archère et fut cueillie par une flèche. La pointe déchira la peau et les muscles de ma paume mais elle n'atteignit pas la Crâ.
Retombant sans grâce sur mes jambes, un sourire hideux se mit à graver sur mon visage une expression tout aussi peu amène. La jeune femme écartilla les yeux mais en professionnelle, elle reprit aussitôt son devoir et se mit à décocher des traits acérés en direction des assaillants dissimulés dans la sylve. Ce qui ne fut pas une mince affaire car je chargeais aveuglément dans la même direction. Je dois sans doute ma survie à un miracle ou à l'adresse de la guerrière voire les deux.
En tout cas, chaque pas entrainait chez moi une réaction à l'opposé de tout ce que j'avais subi jusqu'à maintenant. Chaque mouvement de mes muscles délivrait une décharge de plaisir primaire et lorsqu'enfin les tireurs apparurent car ils étaient cinq, mon coeur bondit d'une allégresse sans commune mesure. Des flèches me transpercèrent. Réveillant la douleur de ma main et dont je n'avais pas retirer l'objet létal.
Un rire fou voulut de ma gorge mais il fut bloqué. Rien ne sortait et c'est un coeur d'un combat que je découvrais l'affliction qui me frappait et cela de plusieurs façons. Déjà mon attitude suicidaire et surtout le fait que je puisse combattre en étant pareil à une boîte de couture.
Alors que les archers rangeaient leurs arcs et dégainaient des lames courtes, je bondissais au milieu d'eux et commençais à jouer des poings. Une étrange sensation se cumula alors au plaisir sauvage de la bataille.
A la place d'un cri de guerre une sourde mélopée envahissait ma gorge relança la souffrance de cette zone mais je m'en fichais. Tout mon être était dévoyé pour le combat que je menais. La mélopée envahit tout mon corps, tout mon esprit et toute mon âme.
Je reconnus alors l'horreur qui m'avait porté aux portes de la Mort et de la Folie. Cette fois, elle ne déchirait pas mon corps, elle en gonflait chaque fibre d'une ode au meurtre et à la violence. Mon esprit était écartelé en tout sens par des instincts bestiaux de mort et de survie et mon âme ne faisait plus cracher des litanies de haine et de fureur. Je pouvais presque sentir mon regard devenir fou alors que cette musique délétère s'exprimait à travers moi...
J'étais un disciple de Sacrieur. C'était la chose que cette malédiction m'apporta.
Et ce n'était pas mon corps que je sacrifiais pour les autres...
Non la vérité était bien plus sombre et m'apparaissait clairement alors que mes poings rougis par une étrange magie et du sang s'abattait en fléau de chair sur les corps devenant écarlates et flasques de mes adversaires.
Si j'avais pu rire, je l'aurais fait, exprimant mon plaisir de répandre leur sang et de broyer leurs os...
Lorsqu'ils ne furent tous plus qu'une masse sanglante, je m'arrêtais le souffle court mais gonflé par la chorale infernale qui dominait mon corps.
Ma posture voûtée, mon regard fou, mon sourire sardonique et le manteau carmin que me recouvrait montrait la nature de mon sacrifice à Sacrieur...
Que je le veuille ou non, je veillais et protégeais en sacrifiant mon humanité...
Ainsi commença l'avènement de ma malédiction et de la Bête qui couvait en mon sein.
Et pourtant, je ne savais encore rien.
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Re: Le Chant du Sacrieur.

Message par Smyrne le Jeu 15 Jan - 10:40

Chapitre Troisième : La Berceuse du Sacrieur.

"Cette bataille ou plutôt ce charnier s'étant terminé, la Musique reflua, retournant dans les méandres d'un inconscient qui me faisait trembler.
Mes blessures réapparurent dans mon esprit, la chaleur du combat se dissipant, mon corps exprima toute sa fureur. Boitant et flagellant, je repartais en un sens inverse. Quelques pas suffirent pour me faire tomber sur mes compagnons qui arrivaient dans ma direction en courant. Le fait de me voir les statufia immédiatement. Un moment de flottement passa. Ils détournèrent un instant le regard de la silhouette barbare et bestiale que j'étais devenue. Je voulus dire quelque chose mais les mots ne sortirent pas de ma gorge ravagée à jamais. Puis, l'ange sourit et me prit par les épaules, complimentant mon efficacité. Démontrant la réputation des Sacrieurs quant à la résistance physique. Le tabard fit de même. La Crâ s'éloigna. Nul besoin d'être devin pour savoir qu'en cet instant je lui semblais plus dangereux que les assaillants.
Il fallut du temps.
Car alors que notre groupe avançait dans un voyage dont la nature m'était inconnue, le nombre de membres diminuait. Chaque assaut de brigands, chaque rencontre avec une créature prélevait son lot de lésions qui malgré les soins de l'ange finirent par avoir de certains de nos compagnons.
Mes techniques suicidaires commencèrent à faire leur chemin car j'étais présent au plus fort de ces combats, la Musique m'emportant de ses élans destructeurs.
Je prenais le plus de coups, je les recherchais même pour qu'ils ne s'abattent pas sur mes alliés. Cependant au bout d'un mois à errer dans les forêts et les landes, il ne restait dans le groupe que l'archère, le tabard et l'ange. Nous ne nous arrêtions que rarement dans des villages ou des hameaux et cela uniquement pour refaire le plein de vivres.
De part mon mutisme, je cherchais pas à connaître la destination finale de ce périple en des terres si dangereuses et même si des paroles avaient pu quitter mes lèvres, je ne l'aurais pas fait. Pour une raison quelconque je me sentais en devoir de rester à veiller sur eux, à faire de mon corps un bouclier.
Le temps passa au cours de ce mois et je finis par en apprendre plus sur mes compagnons.
Mon sauveur était un membre d'un culte dévoué à Eneripsa et se nommait Jeckel Jacob. Il semblait qu'il avait commencé cette odyssée seul mais il avait finit par recruter ses alliés dans diverses circonstances.
Morrisson Feder était un guerrier Iop de la plus pure tradition. Son tabard indiquait son appartenance à un ordre de combattants. Il m'expliqua en riant qu'il en avait été chassé pour une histoire de femmes. Histoire qu'il avait conclu par :" De toute façon, dans ce monde, tous les problèmes viennent de l'arrière."
La légèreté de la phrase avait provoqué un froncement de sourcils de la part de Ferla Irel. Mis à part son nom, elle ne me dit rien et apparemment Morrisson ne savait pas grand-chose non plus. Seul Jeckel connaissait les conditions du recrutement, Ferla ayant été la première.

Quant à moi mes communications se révélaient ardues. Lors des haltes, je pouvais gratter le sol pour évoquer mes pensées mais lorsque je montais sur la monture d'un des morts, je ne pouvais que tenter une vaste pantonimie. A celle-ci le seul réceptif semblait être le Iop. "Les Vrais Hommes se comprennent toujours." était son explication. Par delà, la plaisanterie, il signifiait les guerriers. Nul propos sexistes dans ses paroles. D'ailleurs, le combattant montrait que les rumeurs sur les Iops n'étaient pas tant fondées que cela. On ne pouvait le qualifier de "stupide" ou "léger". Feder était bourré de principes qui réglaient sa vie et ses réactions mais cela n'en cachait pas moins derrière cette simplicité d'esprit, un instinct de la décision remarquable et un sens de l'à-propos remarquable.
Jeckel lorsqu'il me parlait s'en tenait plus à long monologue. La gentillesse qu'il me témoignait me semblait tenir à la fois de la pitié que de la volonté franche de faire de moi un allié inconditionnel. Mais parfois, son humour tranchant changeant en une bouillabaisse graveleuse me donnait une impression que je ne pouvais dire mauvaise mais tout me semblait apprêter, comme un masque jovial cachant autre chose. Je remarquais que cela arrivait le plus souvent quand il n'était d'une humeur joyeuse suite à une mauvaise nuit ou à évènement lui déplaisant fortement.

Ainsi mes liens avec eux grandissaient ou non, allégeant le fardeau qui larvait en moi. Car les escarmouches ne faisaient pas renforcer mes capacités martiales que Morrisson aidait aussi de temps en temps à grandir. Je sentais que la Musique croissait aussi, attendant son heure pour sortir se repaître du flot d'émotions du combat. Et à mesure que je la sentais augmenter en puissance, des tatouages apparurent sur mon corps. Stigmates de ma malédiction. D'abord marques légères, ils devenaient de sombres entrelacs. Parfois, je les pensais doués d'une vie propre, croyant ressentir un mouvement de reptation sur ma peau. Jeckel me rassura en évoquant la nature mystique et bien connu des peintures guerrières des disciples de Sacrieur. Pourtant, une part de moi ne cessait de s'inquiéter.

Encore une semaine passa. Et cette fois l'Eneripsa décida de faire halte en ville. Nouvelle qui fut accueillit avec enthousiasme.
Il s'agit d'une petite ville fortifiée, à sa taille, je jugeais qu'au moins deux milles personnes devaient y vivre sans compter le flux de voyageurs même si celui-ci devait être plutôt rare.
Alors que nous la traversions, Jeckel semblait être en quête de quelque chose, ce qui requérait toute son attention. Alors que je m'inquiétais de son état auprès de Morrisson, celui-ci me répondit que notre chef avait une manie qui consistait à passer dans tous les thermes ou bains publiques d'une ville où le camp était posé. Je ne fis aucun commentaire. Surtout devant Ferla qui semblait être possédée par une ombre ténébreuse.
Un cri de joie digne d'un enfant partit lorsqu'enfin le trésor apparut devant le guérisseur. Une taverne d'aspect correcte qui proposait les trois services : gîte, couverts et bains.
Ce fut l'humeur badine que notre chef alla voir le propriétaire et entama de longues négociations.
Il revint l'air chafouin mais sa bonne humeur n'avait pas été entamée. Nous déposâmes nos possessions dans les chambres qui nous avaient été allouées. Deux chambres. Deux pour deux personnes. Qui furent changer en une pour trois et une pour une. Galanterie obligeant.
Je laissais Jeckel embrigader Morrisson pour une exploration de la salle de bains et partais vagabonder en ville.
Je ne pensais ne pas être discret avec mes vêtements élimés et colorés d'une façon peu orthodoxe mais de nombreuses personnes dans des états plus avancées que le mien erraient dans les rues. Mercenaires ou malandrins ou même un peu des deux à la fois menaient leurs actions.
Je pensais que ma première fois dans une aussi grande agglomération entrainerait chez moi une crise d'agoraphobie mais il n'en fut rien.
Bien qu'ayant esquivé les invitations forcenées de Jacob, je ne savais pas quoi faire. Heureusement ou plutôt malheureusement que mon instinct semblait avoir la faculté de me guider vers les lieux les plus sordides.
Un bâtiment m'apparut. Il s'agissait d'une petite maison. Les murs étaient peints de rouges et deux statues, un homme et une femme en gardaient l'entrée. Le détail de leurs corps mutilés ne put que m'alerter. Je m'approchais de la porte et entrais sans frapper et sans ménagement. Mon être remuait en ce lieu.
Un temple. Cela ne pouvait que ça. Mais là où le Temple de Sadidas était un lieu mélangeant architecture et végétaux, je me trouvais dans un lieu austère où les seules décorations étaient des sculpture dont les membres arrachés et les nombreuses blessures saignaient en de macabres fontaines. Au centre de la pièce se trouvait un atrium et au milieu de celui-ci, trônait une statue pleurant des larmes de sang. Un court instant ma vue se brouilla et quand elle redevint normale, une personne se tenait devant la statue. De longs vêtements noirs déchirés pendaient avec une majesté déchue de son corps grêle. Ses bras fins se terminaient par des mains d'une finesse égales et de longs oncles noirs les complétaient. Un vent invisible faisait onduler des cheveux d'un blanc de lin qui devaient lui arriver à la taille.
Ne sachant pourquoi, des frisson parcouraient mon corps. Mon attention se décupla et mes oreilles entendirent un léger sifflement qui devint une courte suite de notes douces et suaves. Je me sentais lentement aspiré par cette mélodie. La personne se tourna un peu et je vis que c'était elle qui sifflait le petit refrain. Alors que mes yeux commençaient à se clore, la gorge de l'homme apparut et j'y vis des marques de griffures et déchirures. Un pâle sourire naquit sur ce visage que je percevais à peine dans les brumes de la berceuse. Un fin croc se montra.
Subitement, le voile qui enveloppait mes sens se dissipa.
Il ne restait rien de ce Temple si ce n'était un prêtre borgne et manchot qui se tenait là où se trouvait l'apparition. Sans même lui répondre, je quittais les lieux. L'esprit encore embrumé par la berceuse.
De retour à l'auberge pour y retrouvé mes amis frais et lavés, je m'aperçus que mes lèvres jouaient cette mélopée et ce même alors que je me décrassais.

La soirée arriva et se passa dans la salle de l'estaminet.
La serveuse agile esquivait avec une adresse issue d'une longue pratique les mains baladeuses des habitués. Morrisson descendait une quantité de boisson impossible, Fera restait aussi froide et taciturne envers moi que d'habitude alors qu'elle devisait gaiement avec Jeckel qui lui se plaignait de la non-mixité des bains. Enfin seulement à voix basse. Je ne fis aucune remarque sur le fait que dans mon village, les bains étaient mixtes, je n'avais pas envie de lancer un tel sujet. Surtout qu'il sentait creux.
Ce fut lors de cette soirée que je compris une loi de ce monde : la Loi de l'Ecaflip. Aussi nommée, de l"emmerdement maximum" ou "tartine beurrée".
Evidement, il fallait qu'un problème arrive dans la seule auberge où l'on se trouvait. Coup de chance, cela ne dégénéra pas.
Pourquoi et comment ? Que s'est-il passé ? Le scénario de base en taverne remplit de crétins marinant dans l'alcool. Il en faut toujours un pour aller trop loin avec la serveuse. Toujours. Et que fait le videur alors ? Il tape le malappris à condition de ne pas être aux prises avec trois gros bras de son gabarit.
Que font les autres clients ? Une bagarre générale ou un apathie servile.
Que fait un Iop ? D'abord il parle de tradition. Après quand les vêtements commencent à être déchirés, il admet qu'il y a problème et se lève.
Que fait une Crâ ? Même sans être une féministe convaincu, elle a tendance à sortir son arc, tirer et poser les questions ensuite.
Que fait un Eneripsa ? Il nous soutient moralement.
Que fait un Sacrieur légèrement névrosé ou psychotique ? Il suit la pensée qui l'obsède alors que l'action commence :"Protèges. Protèges. Protèges !" Ce qui en langage clair signifie foncer dans le tas. Du moins en temps normal.

Car peut-être était-ce une maturation ou un déclencheur, la Musique qui m'envahit fut différente. J'étais toujours subjugué mais la Berceuse que j'avais rêvé ou entendue au temple se fredonna seule à travers mes lèvres.
Curieusement, la scène sembla ralentir. Morrisson me regarda bouche-bée et Fera rangea son arc. Je ne vis pas Jeckel.
Je me souviens m'être avancé lentement. Chaque pas devenant le tempo de ma chanson muette. Je sentais mon corps s'enflammé de cette vigueur inhumaine mais plus encore, je sentais mes tatouages vibrer, se tordre et onduler voir même se détacher de mon corps. Et c'était bien le cas.
Alors que mes mains acquéraient cette aura de flammes habituelles, mes tatouages frémissaient dans l'air pareil à un nid de serpents en furie.
Le "Don Juan" m'observa avec stupeur ne sachant ce qu'il devait faire. Cette hésitation fut sa fin. Dans un déchirement les filins des symboles qui parcouraient mon corps se vrillèrent dans une soubresaut et déchirèrent le vide lui-même.
Je me retrouvais allongé sur une table, une grosse brute éberluée au dessus de moi. Aussi proche, il fut pris dans la mélodie. Non seulement je la sifflais mais mes tatouages en fouettant délicatement l'air obtenait un résultat similaire.
Perdu dans cette fascination, il ne sentit même pas le front qui percuta son arcade sourcilière. En sang, il ne cilla même pas alors qu'un coup de coude enfonça son larynx. Perdu dans une rêverie, il n'entendit pas ses côtés se briser sous mes mains.

Lorsque je m'arrêtais. Tout était calme. D'un silence de mort. Le vigile avait rétamé deux gars sur trois. Le dernier quitta les lieux sans demander son reste. La serveuse se demandait encore ce qu'il s'était passé et moi aussi dans une certaine mesure. Je sentais alors un regard fort et étrange. Je le cherchais et vit Jeckel, le nez dans son verre. Ses yeux me scrutaient avec un amusement non feint.
Je frissonnais. L'amusement d'un prédateur....

Lorsque les problèmes adjacents à ce genre d'ennuis furent réglés, je me couchais. Des mots surgirent dans mon sommeil.
"Avant la Chorale, une douce Berceuse. Avant la Mort, un Réconfort. Avant la Paix, la Cruauté. Ainsi Chante mon Enfant. Chante la Berceuse...."
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Re: Le Chant du Sacrieur.

Message par Smyrne le Jeu 15 Jan - 10:42

Chapitre Quatrième : Das Lied der Götter

" Depuis longtemps, je n'avais pas passé une nuit aussi calme et agréable. Pas de rêves. Pas de visions dérangeantes. Rien. Uniquement un reposant et calme néant. Lorsque l'aurore commença à peintre son esquisse mordorée sur le firmament, je m'éveillais frais et plein d'énergie.
Discrètement, je quittais la chambre, non sans sourire devant les postures ensommeillée de Morrisson et Jeckel. Le premier avait réduit son lit à un champs de bataille de draps éparses et roulés en boules. Jeckel semblait être resté aussi immobile qu'une pierre. Pas un plis dans les linges. Seule sa présence montrait que le lit était utilisé.
D'un pas plein d'entrain, je sortais dans la petite cour que la taverne avait en arrière, du côté opposé à la rue. J'y vis Fera qui tirait sur des cibles situées à quelques dizaines de mètres. Chaque flèche touchait au but avec un bruit mat. Le claquement de la corde son arme résonnait dans l'atmosphère silencieuse d'une journée naissante. Je restais de bout à la regarder. Ses gestes précis, méthodiques et pourtant souples et vifs redessinaient sa silhouette en une fine gravure ou une estampe aux proportions humaines. Une légère brise matinale faisait vibrer ses cheveux châtains bien qu'ils soient entravés dans une queue de cheval. J'estimais que lâché, ses cheveux devaient être mi-longs.
Etant muet, je ne risquais pas de la déranger en émettant une quelconque parole. J'aurais bien sûr pu signaler ma présence par un raclement de gorge ou même des déplacements plus appuyés que nécessaire, mais pourquoi gâcher un moment de grâce quand on a la chance d'en voir un.
Je restais ainsi immobile à contempler cette créature qui restait pour moi, une sorte de prêtresse que la voie du temple me rendait inaccessible de par son air froid et son attitude du même acabit.
La raison de cette froideur venait sans doute de la façon dont je lui avais sauvé la vie. Du peu que je connaissais sa psychée grâce à Morrisson, elle devait m'en être reconnaissante mais voir sa vie sauvée par une bête fauve devait l'ulcerée. J'avais tort du moins en partie car alors qu'une flèche transperçait une pauvre botte de paille, la voix de la Crâ surgit et me frappa comme un blizzard : " Je ne sais pas ce que tu crois, Bête. Je ne te hais pas. C'est juste que tu me terrifies. Chaque combat où tu te lances devient un charnier sans nom et ton corps lui-même en devient le reflet. Chaque que je te vois te battre, je crois voir un monstre déguisé en humain qui révèle sa vraie nature....Et cette folie qui semble surgir de toi en ces instants. Elle me submerge comme si elle tentait de tout engloutir pour l'amener dans ce monde de carnages qui est le tien. Ce n'est que parce que Jeckel semble tenir à toi que je ne dis rien et ne fais rien contre toi. Mais ma peur me dicte de t'anéantir....Avant que tu ne nous anéantisses..."

Elle s'arrêta là me dardant de ses yeux émeraudes. Clairement, les deux gemmes glaciales qui me fixaient ne mentaient pas. Elles montraient la même peur et la même détermination froide à mon égard. Je baissais les épaules et quittais la cour, partant broyer du noir seul dans les rues encore désertes de la ville.
Le seul bon côté que ce monologue avait eu, était la clarification de mes liens avec l'archère. Quoi qu'il arrive, je n'étais à ses yeux qu'un ennemi sous surveillance, un allié forcé ou même moins que ça : un animal à peine domestiqué.
Je badinais donc ruminant de sombres pensées car malgré ce que ma compagne avait dit, un instinct primaire me dictait de tout mettre en jeu pour lui épargner toutes souffrances, du moins physiques.
La taverne finit par revenir dans mes pensées alors que mon estomac grognait son mécontentement. Je m'y attablais alors que l'aubergiste prenait son service. Peu de temps après, l'odeur douceâtre du pain chaud amena lentement à la conscience un Iop affamé qui se jeta sur la nourriture avec une voracité exemplaire. Je ne vis pas Fera venir se restaurer et Jeckel ne se leva que sur le coup de midi. Réveillé par la douce flagrance d'une cuisse de bouftou rôtissant lentement au-dessus des flammes. Les différents repas terminés, je voulus retournés au temple de Sacrieur mais l'Eneripsa m'attrapa par le bras et me dit avoir à me parler. J'acceptais d'un signe de tête. De toute façon, je n'aurais pas pu refuser.
Il me fit marcher un peu dans les ruelles et commença à parler, guettant pour une fois mes réactions et mes changements d'expressions qui étaient ma façon de me faire comprendre. Sa voix n'avait pas son habituel ton affable, elle semblait plus amer alors que ses paroles se distillaient : " Je suppose que tu te demandes le but de ce voyage mon ami. J'attendais que tu le demandes mais ta politesse ou un quelconque sens de l'honneur semble te l'avoir interdit. Alors pour faire court : je recherche les "Lied der Götter"."
Devant mon expression passablement étonné, il ajouta : "Ne me demande pas, je ne sais pas ce que ça veut dire. Je sais simplement qu'il s'agit d'instruments de musique créés par les dieux. Et je dis bien "Les". Pour une fois, ils semblent s'être unis pour créer ces artefacts. L'autre chose que je sais est qu'ils sont censés détenir les Sentiments du dieu auxquels ils sont inféodés....Tu as des question ?"

Bien sûr que j'en avais comme : "Pourquoi les recherches-tu ? A quoi cela ressemble ? Que font-ils ?"
Mais au fond de moi je connaissais une part de la réponse...Ma folie...Elle devait sans doute être liée à ces engins divins. Pourtant aux vues de l'ignominie qu'il avait provoqué en moi, cet orgue pouvait-il être qualifié de divin ?
Je restais donc amorphe à sa demande. Un sourire triste passa sur son visage et elle continua : "Quand nous t'avons trouvé, agonisant et gémissant, il y avait un orgue à côté de toi mais il était rouillé et fichu comme si des éons avaient usés sa surface. J'espérais que cet orgue allait être l'un d'eux et je fus déçu. Mais finalement, je me rends compte que ce tas d'ordure m'aura apporté plus que ce qu'il pouvait faire : il m'a donné quelqu'un de compréhensif..."
Et avant que je ne puisse placer une expression sur mon visage, il me donna un coup de coude et énonça en découpant chaque syllabe :"C'est l'heure où Fera prend son bain. On resquille ?"
Son visage était redevenue celui de cet ange qui m'avait sauvé la vie, plein d'une grâce innocente et infantile. Cela ne m'empêcha pas de refuser. Je n'avais pas ce genre de passe-temps et il était inutile que je donnes des raisons supplémentaires à cette fille pour me haïr.
La mine boudeuse, il grommela :" Pour ça, Morrisson est plus amusant que toi."
Et il me quitta en sautillant d'allégresse comme un môme anticipant un spectacle. Alors que je soupirais, je le vis m'adresser un dernier regard. Ses lèvres remuèrent et formèrent : "Orgue".
Aussitôt, il disparut comme une bulle de savon dans la foule qui s'éveillait en masse.
Je restais un peu abasourdi. Le masque de ce guérisseur s'effritait de plus en plus et ces actes me paraissaient de plus en plus dictés par ses objectifs.
Et pourtant, comment une personne ayant sa personnalité aurait pu ne serait-ce qu'avoir des intentions malsaines ?
Je me frappais la tête pour tenter de calmer la paranoïa qui avait tendance à s'emparer de moi.

Seul, je retournais au temple de Sacrieur, mais rien ne se passa. Je m'y sentais juste bien, comme dans un foyer longtemps cherché. Je restais des heures à méditer et à réfléchir dans ce cadre qui m'apaisait.
Lorsque je rentrais à l'auberge, je trouvais Jeckel qui tenait une escalope contre son oeil et Morrisson avec une joue enflée.
J'avais cru que Jeckel plaisantait. Mon erreur avait été immense et je vis alors le bon d'être muet : ne pouvant faire de commentaire, le regard ardent de Fera glissa sur moi comme de l'eau mais je ne pus empêcher une certaine agitation de secouer mon corps.
Même si aucun son ne sortait et que j'avais plus l'air d'étouffer, je ressentais une chose qui ne m'était pas arrivé depuis ces derniers jours : un rire.
Un rire chaud et sincère qui me fit oublier tous mes doutes et toutes mes craintes...
Au moins ma malédiction m'avait apporté ce genre de moments et cela même si ce rire avait résonné dans ma tête alors qu'une voix rauque et saccadée répétait inlassablement :" Das Lied der Götter. Un Orgue. Un Chant pour Sacrieur."
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Re: Le Chant du Sacrieur.

Message par Smyrne le Jeu 15 Jan - 10:44

Chapitre cinquième : Le Chant du Sacrieur ou Requiem

" La soirée avançait alors que Morrisson et Jeckel guérissaient leurs blessures issues de la guerre des sexes dans l'alcool. Personnellement, je les regardais un peu inquiet de les voir descendre de telles quantités de boisson. Pour moi, ils allaient finir par rouler sous la table et ensuite agoniser dans un coma profond.
Fera semblait ne pas prêter attention à ce spectacle mais les regards tranchants qu'elle envoyait de temps à autres aux deux buveurs démontraient le contraire.
Je songeais à profiter de ce moment pour questionner la Crâ alors que mes autres compagnons étaient occupés aussi écrivis-je dans une assiette de purée que j'avais commandé : "Lied der Götter ?"
Un regard froid coula vers moi. La jeune femme se tenait le visage d'une seule main et l'oeil qui me fixa n'avait rien de bienveillant à mon égard. Mais un sourire certes glacial et forcé naquit alors qu'elle commença : "D'accord, monstre. Je vais te dire ce que je sais. Comme ça, avec un peu de chance, tu nous quitteras.
les "Lied der Götter" sont des artefacts créés par les Douzes et tous ensembles. Je ne sais pas qui apporta quoi. En revanche, j'ai appris par Jacob qu'il y avait un Instrument par dieu mais qu'il n'existait pas en exemplaire unique. Ils contiennent l'Essence même de dieu. Ce que cela signifie, je n'en sais rien.
Feder et moi accompagnons Jacob dans sa quête. Il cherche à les trouver et à les détruire mais pour l'instant, les seuls que nous avons trouvé sont une harpe et un orgue. Les deux étaient complètement détruis, ce qui est une bonne chose à mon avis. Le seul problème, c'est que l'on t'a trouvé toi aux côtés de l'orgue...Et quand je te vois, je comprend pourquoi il faut les détruire."

Sa phrase se termina par un accent sombre et tranchant comme une lame dans la nuit, je baissais le regard alors que le sien se tournait en un nouveau soupir vers les soiffards qui se livraient à un concours de beuverie avec d'autres hommes.
Quelque peu dépité, j'allais me coucher. Seul dans la chambre, je guidais mes tatouages pour qu'ils ondulent et interprètent la Berceuse. La douce musique me calma et rendit mon esprit un peu clair et prompt à la réflexion mais je sentais aussi que la Musique la plus profonde était attirée et faisait chemin pour s'exprimer de concert avec le petit air. Je la réprimais et l'entendait presque grogner de frustration.
Je pensais alors à ces artefacts divins et rejoignais la pensée de Fera. De telles choses, si elles avaient toutes les mêmes capacités devaient être détruites.
Mais dans ce cas : que faire des gens comme moi qui avaient été touchés ?
La réponse vint d'elle-même, exprimée par la Musique alors qu'une bouffée de haine montait en moi.

Nous restâmes encore trois jours dans cette ville avant de la quitter pour reprendre le périple en quête d'Instruments. Pendant les jours qui suivirent, je restais pensif et peu attentifs aux discours enflammés et ubuesque du Iop qui ne s'en vexa pas et continua sa narration sans coup férir.
Mes pensées étaient occupées par les Instruments : quels étaient les buts de leurs existences ? Quels étaient leurs véritables pouvoirs ? Et bien d'autres questions encore. Parfois, je tentais de quémander un peu de réponse à Jeckel mais il ne m'en dit pas plus que Fera et je restais alors seul dans mon mutisme, seule personne qui d'une certaine façon en savait plus. Je n'osais guère abordé cette vision du sujet car d'une certaine manière, je me sentais de moins en moins humains alors que chaque je devais recourir à la Berceuse pour trouver le sommeil alors que le Chant grondait comme un fauve dans mon coeur. En fait je ressentais une sorte d'impatience, un besoin de combat pressant et cela finit par se ressentir sur mon comportement. J'étais à l'affut du moindre mouvement. Je devenais plus un chasseur qu'un protecteur et toutes mes pensées finirent par être obnubilées par mes souvenirs de bataille.

Au bout d'une semaine, alors que nous arrivions dans un paysage marécageux, mon Chant fit soudainement une sorte de bond, ce qui me donna un haut-le-coeur de surprise. Je restais un instant paralysé par la sensation. Le groupe s'arrêta un peu inquiet. Je sentais mon regard perdre de sa couleur alors qu'un nouveau soubre-saut me secouait. Puis tout cessa.
Je redevins normal. Je m'excusais sur des nausées passagères, sur quoi Morrisson évoqua mon sexe et donc certaines impossibilités physiologiques. Je me forçais à sourire. Cependant, si les nausées avaient disparues, il n'en restait pas mieux qu'un noeud se formait de ma gorge. Un mélange de peur et de joie comme lorsque l'on va à la rencontre d'un frère depuis longtemps disparu.
Cette impression augmentait à chaque pas et à chaque pas, je ressentais comme une vibration qui grandissait. La Musique commensait à jouer des airs majestueux sans que je l'appelle et je ne parvenais pas à la contenir.
Soudain, Jeckel ordonna la halte. Je vis un peu de sueur perler sur son visage alors qu'il énonçait : "Je crois qu'il y a un Instrument pas loin d'ici et il marche...Le Wakfu en est perturbé."
Un pâle sourire naquit, tentant de cacher la terreur qui se dessinait. Une sorte d'appréhension s'empara du groupe. Même Morrisson sembla se concentrer.
Fera sortit son arc et le Iop arma sa lame. Jeckel se plaça derrière moi.
Nos montures nous portèrent encore sur quelques centaines de mètres avant de montrer des signes évidents de panique et ma Musique enflait au point que je la murmure.
Nos chevaux refusèrent d'aller plus loin quand nous atteignîmes une zone de canopée. Nous les attachèrent et continuèrent à pieds. La peur se lisait sur nos visages et je sais que ce que je vis alors resta à jamais graver dans nos mémoires.
Sur un petit ilot se tenait une forme assoupie.
Là, ma Musique explosa dans ma tête en un canon baroque et flamboyant réduisant toutes mes pensées à néant sauf une : "Fuyez."

Le mot énoncer sans aucune intonation les frappa comme une lanière de fouet. Mes compagnons restèrent paralysés et cet état se prolongea alors que devant la silhouette se dépliait en sortant de son sommeil. Elle devait trois mètres de haut. Sa peau bleue et certaines marques caractéristiques indiquaient un membre du peuple Osamodas mais c'était tout.
Son corps avait cru dans des proportions inimaginables. Son torse se terminait par un abdomen arachnéen et quatre pattes le portaient. Son visage ressemblait plus à celui d'un loup qu'autre chose.
Mon regard croisa le sien et reconnu ce frère disparu. La Folie brillait dans ses yeux et sa gueule s'ouvrit dans un cri qui fut pareil à un roulement de tambours.
En réponse, la même voix atone franchit mes lèvres et intima l'ordre de fuite à mes amis. Morrisson émit un grognement guttural et se mit en garde. Le bras de Jeckel se posa sur son épaule et le regard qu'il lui jeta fit baisser les bras au guerrier. Avec une souffrance visible, je vis Feder et Jacob s'éloigner doucement sans tourner le dos à la créature alors que Fera la tenait en joue. Cette mesure était inutile car la bête n'avait d'yeux que pour moi tout comme je finissais par ne plus voir qu'elle.
J'étais un peu soulagé que ma Musique ait pu servir à parler avec mes compagnons mais je comprenais aussi que c'était elle-même qui avait agit dans son propre intérêt.
L'Osamodas et moi étions deux êtres qui s'observaient, ne sachant si nous étions des amis ou des ennemis mortels. Cependant, je sentais émaner de l'entité une sauvagerie sans limite. Une rage qui dévasterait tout si elle n'était contenu. Je soupirais et me mit en garde alors que ma propre Folie s'exprimait.
La Bête me regarda de ses yeux jaunes et un hurlement jaillit de sa gorge, remplit de fureur et de hargne. Maintenant nos statuts avaient été décidés, nous étions des adversaires.
J'avais réfléchi à la possibilité de tuer ceux touchés par un Instrument et le monstre que j'avais en face de moi, me montrait qu'il s'agissait sans doute de la meilleure voie à suivre. La Folie semblait être d'accord car elle enflait dans mon être. Par elle, je devais veiller et protéger. Pas seulement mes compagnons, je sentais qu'elle me forçait à m'ériger en protecteur du plus grand nombre. Détruire cet animal monstrueux était donc mon devoir.
Ou plus exactement, celui de la Folie.

Il se passa encore quelques minutes où nous nous observions puis rompant soudainement avec nos postures statiques, nous nous jetèrent l'un sur l'autre avec une violence toute bestiale. J'évoquais l'être comme une bête mais sous l'emprise de la Folie, je ne devais pas valoir plus. La seule différence venait du fait que je n'étais pas comme lui. Toujours posséder par la Folie. Ce monstre me montrait le funeste destin qui m'attendait si jamais je me faisait dévorer par cette cacophonie qui vivait au fond de moi.
Alors que je chargeais, mes tatouages prirent leur danse saccadée alors que mes mains s'enflammaient alimentée par la Musique. Ma bouche muette était ouverte dans un cri silencieux. Mon adversaire quant à lui déversait son flot de haine à mon encontre. Peut-être me voyait-il comme un traître ?
Une main griffue tenta de me faucher, je l'esquivais d'un bon mais les membres insectoïdes de la créature lui permirent de revenir sur moi en un rien de temps.
Nous nous livrions à un ballet mortuaire où malheureusement, je n'étais pas le meneur. Les assauts constants et violents de la bête m'obligeaient à rester sur la défensive. De plus, il ne s'agissait pas d'attaques uniquement violentes mais bien d'une technique particulière avec ses enchaînements et ses postures.
Je voyais derrière ces schémas offensifs un hymne simple et primitif à l'animal que nous étions. Un orchestre de tambours battaient le rythme de ce combat et je m'en trouvais désavantagé.
La Berceuse ne semblait pas affecter le monstre et je perdais de plus en plus de terrains. Ses attaques se faisaient de plus en plus précises et j'avais de moins en moins de possibilité pour contre-attaquer. Même mes contre-charges se voyaient annuler par une parade savante, le fait de ne plus pouvoir en faire montrait à quel point j'étais inférieur.
Un premier coup finit par me toucher, déchirant les chairs de mon torse. Mon tatouage brilla alors que sentais une force supplémentaire envahir mon corps alors que la douleur en faisait de même.
Certains semaient la Douleur, moi je la transformais en rage de vivre. Ce nouvel élan ne changea que peu la donne du combat. Je restais bien inférieur en technique et en force.
Malgré tout, je n'abandonnais pas la bataille. Je devais tenir le plus longtemps possible pour que mon groupe s'enfuit le plus loin possible. C'était mon rôle en tant que Sacrieur que de servir de bouclier.
Tout comme il s'agissait du rôle de l'orgue qui sommeillait en moi.
Brider sa Folie, lui résister, tout cela signifiait l'empêcher de s'exprimer. Mais comment retenir quelque chose qui ne vit que par la fièvre des combats quand vous y êtes plongés ?
Les coups pleuvaient et des blessures toujours plus nombreuses traçaient leurs lignes sanglantes sur ma peau.
L'hymne sauvage qui émanait de mon ennemi grandissait en violence et en puissance comme si elle cherchait à me déchiqueter elle-même dans les rythmes endiablés qui la composaient.
Quelque chose répondit alors à cette provocation musicale.
Quelque chose de plus intense que ma Berceuse. De plus majestueux et de plus profond. Surgissant de mes entrailles, brisant la barrière de mes lèvres scellées par une gorge meurtrie, un Chant se présenta.
Ainsi le véritable duel commença.
Aussi bien le monstre que moi-même, nous étions en fait que des réceptacles pour des partitions aberrantes. Des véhicules qui bien censés travaillés ensembles se livraient un duel à mort.
Pourtant, au-delà des corps que nous étions, le véritable combat ne se semblait pas être le notre mais bien celui de deux orchestres.
Je les voyais se dessiner en silhouette blafarde et incongrues pour ce monde au-dessus de nous, pareil à des spectres manipulant notre destinée.
Je voyais ces deux formes indistinctes qui semblaient être composées d'une multitude de petites formes constamment en mouvement. Ces figures humanoïdes jouaient des instruments qui leur était attribué.
La mienne ou du moins celle qui flottait au-dessus de moi, me baignant dans son outil indescriptible se trouvait au coeur d'un orgue semblable à celui que j'avais rencontré mais il était bien plus gros et incompréhensible pour mes yeux comme pour mon cerveau. Je voyais la silhouette s'agiter devant un immense clavier aux proportions dantesques, en tirant des sons et des notes qu'aucun artefact humain ne pouvait produire et qu'aucun humain ne devrait jamais avoir à supporter.
Le pendant de mon compagnon de duel était une masse chaotique de tambours de toutes les formes que frappait de manière erratique une étrange silhouette pareil à celle qui dirigeait mon orgue.
Un combat entre deux êtres mais aussi entre deux musiques.
Un hymne à la Nature face à un sombre et glorieux requiem.
Je me sentais pris par une puissance comme je n'en sentirais plus jamais. Je chantais. Le Chant du Sacrieur, un Requiem pour les morts et une ode pour les vivants.
Mourir n'était même plus une chose envisageable, se faire blesser devenait un évènement mineur. Nous n'étions plus que deux entités renonçant à toute forme de pensée qu'elle soit animal ou humaine. Nous étions simplement deux forces qui luttaient entre elles pour en éradiquer une.
Et de cet état nous tirions un plaisir simple mais ineffable sans nul égale à travers le monde.
Mon Chant emplissait les lieux, accompagné par deux symphonies dont la lutte donnait un mélange terrifiant mais prodigieusement beau à mes oreilles."

Laissons un instant notre ami Smyrne pour observer la situation sur son ensemble. Dans une petite canopée, deux monstres combattaient pour des raisons qu'eux seuls savaient. Un peu plus loin, un trio fuyait avec un certain malaise dans le coeur. Il avait abandonné un compagnon à un sort forcément funeste. Dans ce petit groupe pourtant deux âmes semblaient moins troublées que la première. Une Crâ se dégoutait de penser avec une joie limité à la possible mort de Smyrne tandis qu'un guérisseur semblait même exulter derrière un masque de peur et d'inquiétude. Seul le Iop était en phase avec son expression. Et lorsqu'ils furent balayés par un concert invisible, ils s'arrêtèrent.
Car tous les trois avaient déjà entendu ou connu des rumeurs sur de pareils musiques.
Toutes les cultures avaient son équivalent mais le plus souvent, on appelait ça : le dernier chant du cygne.
Jeckel serra ses lèvres au point d'en saigner. Morrisson fit grincer sa mâchoire et de la culpabilité envahit l'âme de Fera.
Ce qu'ils entendaient était la preuve qu'ils ne reverraient sans doute pas le Sacrieur.
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Re: Le Chant du Sacrieur.

Message par Smyrne le Jeu 15 Jan - 10:45

Chapitre Sixième : Gardien

Il est intéressant de voir comment la bataille se déroulait entre Smyrne, disciple de Sacrieur possédé par un Orgue de ce même et un Osamoda dévoré par un tambour de son dieu.
Il est aussi intéressant quand on lit les écrits de Smyrne de voir la façon dont il décrit son adversaire. Il le voit comme un monstre, une aberration issue d'une magie divine et en même temps impie. Pourtant n'était-il le fruit de cette même magie ? Sans compter le fait qu'il ne voyait l'apparition à proprement parlée inhumaine que le Chant lui avait fait revêtir.
Il n'avait pas grandi en taille ni n'avait récupéré des excroissances diverses mais son corps était nimbés de flammes dans lesquelles dansaient ou plutôt grouillaient avec violence les lignes de ses tatouages. A défaut de ressembler à un monstre, il avait la parfaite apparence pour un démon. Sa façon de se battre qui négligea de plus en plus la défense pour ne se concentrer que sur l'offensive était purement démoniaque. Aucune blessure ne semblait pouvoir le mettre à terre alors qu'un sourire immonde et fou de pur plaisir déchirait sa face.
Un démon face à monstre, voilà le spectacle auquel un hypothétique témoin pouvait assister. Par chance, Fera, Jeckel et Morrisson ne pouvaient pas voir cela.
Pourtant sur un colline non loin du lieu de bataille, deux silhouettes observaient ce combat. Même à la distance où ils se trouvaient, les deux individus pouvaient entendre les deux symphonies qui s'entrechoquaient comme les lames d'une épée. Ce n'était pas physique mais le son rendait les mêmes impressions. Des adagios et des crescendos s'enchaînaient comme autant de parades, feintes ou esquives.
A tous les niveaux, ce duel pouvait soit être perçu comme cauchemardesque et infernal ou comme une merveille surgissant d'un esprit malade, hors de la portée du commun des mortels.
Les deux individus étaient vêtus de capes noires sur lesquelles courraient des ronces stylisées, l'un d'eux commença à parler prouvant son sexe masculin :

"Et bien, au moins ce Sacrieur nous épargnera du travail. Même s'il meurt, ce Tambour sera affaibli."
"Tu parles", répondit l'autre d'une voix plus douce et féminine, "C'est surtout une gêne. Et puis vu ce que l'on voit, il faudra le tuer aussi."
- Il est sur la liste ?
-Je ne lis que "Redel Ort -Tambour-" sur le parchemin alors je dirais que non.
-Donc on y touche pas. Du moins pas aujourd'hui.

La jeune femme ne dit rien alors qu'un nouveau nom s'inscrivait sur le rouleau : Violon d'Enerispa, Jeckel Jacob.
Elle soupira, un autre Instrument se trouvait non loin et il allait falloir aller effacer sa présence. Un astérisque apparut à côté de ce nouveau nom : connu de nos services pour la destruction de la ville d' Ared. Pour plus d'informations, consulter le Dossier de Manipulation 347-LG-3.
Un sourire féroce naquit sur le visage de la femme, l'adversaire serait de taille pour une fois. Puis son attention se reporta sur le combat.
Il lui parut clair que le Sacrieur ne tiendrait plus longtemps. Bien que soutenu par son Chant, ses chairs allaient finir par ne plus supporter les contraintes qu'elles subissaient.
Un mouvement attira son regard. Elle vit son compagnon dégainer une lame à deux mains. Avec inquiétude, elle le regarda armer son bras et d'un geste puissant lancer son arme en la faisant tourbillonner.
L'encapée darda son coéquipier d'un regard noir de colère. Celui-ci haussa les épaules et dit :
Ce serait dommage qu'il crève. Je suis sûr que c'est un gars sympa."
"La question n'est pas là !" éructa son alliée, "tu sais parfaitement que nous n'avons pas le droit d'agir ainsi et puis sacrifier ainsi ton épée pour ça...C'est juste stupide."

Un sourire narquois naquit sur le visage de l'homme qui répondit :" Ce n'était pas ma lame, c'était juste une épée secondaire..."

Et maintenant ami lecteur, je te propose de laisser la place à notre conteur favori. Après tout, je n'ai pas réuni ses écrits pour rien...

"Dans un brouillard écarlate, je continuais à lutter sans plus savoir pourquoi ni comment. Pourtant je me souviens clairement d'un éclair argenté qui trancha l'air. Cette lune mouvante me frôla mais trancha un bars à la bête. Surprise, elle laissa une ouverture et ce bras manquant fut sa perte. je vis une excroissance immonde se former au bout du moignon en une tentative de régénération mais mes mains furent plus rapides et frappèrent simultanément ses tempes alors que mon Requiem semblait atteindre son apothéose.
Le corps gigantesque s'effondra en même temps que moi alors que ma Musique refluait repue du carnage qu'elle avait pu mener.
Baignant dans le sang du monstre, je sentais mon propre corps partir alors que je comprenais la gravité de mon état. Seul le Requiem et son étrange chef d'orchestre avait maintenu mon corps en action telle une marionnette macabre.
Je sombrais dans l'inconscience et dans un sommeil peuplé de cauchemars où des notes de musique se faisaient lames ou monstres et déchiquetaient mon corps à tout va.
Je me souviens qu'un contact doux et chaleureux m'avait tiré de mes songes grotesques. Un visage se tenait au-dessus de moi, caché par une cape noire et déchirée. je vis tout de même un léger sourire se peindre sur ce bas de visage que je percevais avec difficulté. Je tentais de bouger mais mon corps refusa.
L'homme éclata de rire avant de parler de ma force de volonté qui me poussait à bouger si tôt.
Ensuite, il me mit en posture assise, il ne disait rien, se contentant de jouer avec de minces chaînes qui pendaient et entouraient sa cape.
Puis il finit par dire : "Je suis sûr que maintenant tu vas rejoindre tes amis. Mais je te le déconseille. Cela ne fera que t'amener des souffrances inutiles."
J'allais tenter de faire des signes quand il enchaîna :" Ne parle pas. Je sais ce que tu vas dire et puis tu ne peux pas parler. Si tu y tiens vraiment, sache qu'ils sont à une vingtaine de minutes à pieds d'ici en partant vers le sud-est. Qui je suis ? Tu ne voudrais pas le savoir en vérité. Allez va sombre idiot. J'ai soigné tes blessures. Et n'oublie pas cette épée, elle t'a sauvé la vie une fois. Elle recommencera sans doute."

Sans comprendre réellement la situation et pareil à un pantin dont on tirait les fils, je me levais, prenais la lame et partait dans la direction que m'avait indiquée l'homme. sa voix résonna une dernière : "Tu as choisi ton destin petit Orgue, ne vient pas te plaindre après."
Je me retournais et ne vis aucune trace de mon interlocuteur.
Je marchais durant dix minutes d'un pas ferme pour rejoindre au plus tôt mes compagnons lorsque soudain, je sentis ma Musique bondir comme elle l'avait fait lors de mon précédent combat. Une peur panique s'empara de moi. Je pressais le pas. Des bruits de lutte se faisait entendre. Mes amis avaient besoin de moi. Porté par ma vigueur, j'atteignis une clairière où je vis Fera, Morrisson et Jeckel aux prises avec deux personnes vêtues de capes noires parcourues de ronces. Mon sang ne fit qu''un tour et je bondissais sur eux l'épée au vent. Un étrange instinct sembla les avertir et ils s'écartèrent.
L'un d'eux, un homme éclata de rire : " Alors c'est comme ça que tu remercies ton sauveur ? En tentant de le frapper avec sa propre arme dans le dos. Petit joueur."
"Laisses", continua une voix de femme, "il va nous aider comme tout à l'heure. Après tout, je pense que tu avais raison, il va nous épargner beaucoup de travail. Hey. Sacrieur, tu sais qui est ton copain ? C'est un Violon d'Eneripsa. Je suis sûre que tu sais quoi faire n'est-ce pas ?

Morrisson cria alors :" Smyrne, c'est quoi ces malades et pourquoi ils disent que Jeckel est un Instrument ?"
Fera déclara alors : " On s'en moque, ils sont nos ennemis c'est tout. Morrisson vas y je te couvre, Smyrne veille sur Jacob !"
J'obtempérais évidement. C'était là notre formation habituelle et pourtant, je me sentais dérangé, comme si la présence de Jeckel dans mon dos m'insupportait. Je me retournais et vit à nouveau cette expression de prédateur. Sa voix me murmura : "Si cela doit se finir ainsi, alors je le ferais."
Ces mots à peine prononcés, une ombre identique à celle qui m'avait accompagné surgit de l'ombre de mon ami. Equipée d'un violon, elle commença à en tirer des airs déchirants. Morrisson et Fera en restèrent statufiés. Les deux agresseurs eux n'eurent pour seule réaction que dire :" Et toi disciple de Sacrieur, que vas-tu faire ? Tu sais pourtant ce que tu dois faire."

Je me retrouvais alors noyé dans la Musique de Jeckel. Je vis alors que le décor autours de moi s'effaçait un jeune enfant qui trouvait un violon dans le grenier de ses parents. A peine mettait-il le doigt dessus qu'un enfer pareil au moins s'éveilla. Les images se brouillèrent et je vis ce jeune garçon qui avait vieilli au milieu des ruines fumantes d'une ville. Des larmes de sang coulait de ses yeux alors que ses mains serraient un grimoire. Un cri de rage et de désespoir s'échappa de sa gorge et se changea en une longue plainte de lamentations.
Je revenais à moi. Le Requiem s'éveillait."

Et je reprends les commandes du récit.

Il avait été conçu dans un but : Protéger le plus grand nombre à tout prix.
Et devant se trouvait maintenant une menace qui s'était jusqu'alors dissimulée. Pour la survie de nombreuses personnes et pour sa survie il devait détruire cette menace. Le Requieme attaqua. Smyrne en fit autant. Par pur réflexe, Morrisson se trouva sur son chemin. Le Iop se prépara à parer le coup d'épée, faisant de son corps un bouclier pour son ami. Il ne comprenait pas la situation et ne le voulait pas. Il voyait simplement deux de ses amis qui allaient s'écharper. Sa dernière pensée fut pour cette femme à qui il avait sacrifié son ordre de Chevalerie alors que son arme se brisait et son corps se disloquait sur la route de celle de Smyrne.
Fera réagit tout de suite. Armée d'une détermination froide, elle encocha une flèche et visa Smyrne. En sifflant, elle partit vers le visage du Sacrieur mais avant même qu'elle ne parcourt la moitié du chemin, les tatouages de celui qu'elle craignait fondirent sur sa flèche et la brisèrent. Une vague de douleur la transperça alors que d'autres tentacules noires lui perçait le coeur. D'autres s'enroulèrent autours de sa gorge et lui brisèrent la nuque d'un claquement sec.
Dans la tête de Smyrne des mots résonnaient : "Protège. Veille. Garde. Surveille. Sacrifie. Donne...." Dans une litanie votive infinie qui obscurcissait son esprit et l'empêchait de réfléchir.
Son ami et sauveur se tenait devant lui les brass écartés au coeur d'un autre Requiem mais celui-ci ne s'adressait qu'à Smyrne. Ce dernier pleura instinctivement en l'entendant alors qu'il faisait les derniers mètres qui le séparaient de Jeckel. Et le Requiem se tut alors que les mains du Sacrieur brisaient les côtes du guérisseur et détruisaient son coeur. Dans un dernier souffle, Jacob sussura : "Merci. Mon ami."
Ces derniers ramenèrent Smyrne à la réalité.
Il s'éveilla ainsi couvert du sang de son ami, les mains à l'intérieur de son corps. Son âme pleura toute ce qu'elle pouvait et déversait autant de larmes.
Parce qu'il était un disciple de Sacrieur, il avait du tuer ses amis. Mais étaient-ce les vraies raisons ?
Alors que la tristesse et la douleur se disputaient un coeur qui se brisait en lambeau, une nouvelle souffrance s'ajouta. Quelque chose venait de traverser l'organe de Smyrne.
Il se retourna et vit la jeune femme une rapière à la main.
D'une certaine façon, il apprécia cette sensation car elle présageait de sa mort. Un sourire se dessina sur le visage ensanglanté du Sacrieur.
La Mort venait le cherchait et le libérait de ses tourments. Le fait de mourir après le péché qu'il venait d'accomplir lui semblait juste.
Et alors que le soleil commençait à se coucher, une lueur rougeâtre entoura le jeune homme qui l'aima comme jamais avant que son pouls ne disparaissent et que ses yeux saphirs perdent tout éclat.

L'homme aux ronces dit :" Et voilà, une bonne chose de faite. Mais tu es sûre que le Sacrieur est apparu sur la liste ?"
"Tout à fait" répondit la femme.
L'homme ne la cru pas mais après tout, ce n'était pas vraiment son problème, il aurait fallu le tuer un jour. Il aurait juste aimé que ce soit plus tard...Le garçon l'avait impressionné et le fait de jouer sur son conditionnement ne lui avait pas plu...Mais après tout, en tant que Sombres Paladins, on leur avait appris à tout utiliser.
Alors que lui et sa co-équipière quittaient les lieux, cette dernière demanda s'il voulait vraiment laisser l'épée. Il répondit qu'elle serait son offrande mortuaire pour ces gens après tout, il leur devait bien ça pensa-t-il. Ils n'étaient que des innocents dans cette affaire...
Puis sans un murmure, tous deux disparurent, laissant aux vents quatre corps, démonstration sanglante des conflits qui agitaient les Cieux...
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Re: Le Chant du Sacrieur.

Message par Invité le Ven 16 Jan - 22:41

je savais que tu serais le premier a poster dans cette catégorie ^^ ... mais bon il y a une suite non puisque smyrne meurt alors que tu existe encore ><" bon si il y a une suite je suprimerais mon message comme sa le chapitre 7 sera apres le six^^.

bon franchement tu as super bien trouvé ton back ground et le pire c'est avec jeckel jacob, qui lui meme est un instrument... on l'aurait jamais cru (et oui j'ai tout lu... quelle courage :p) franchement j'adore !!!
le mien je susi entrain d'établir un brouillon mais je trouve sa dommage car le mien aussi sombre dans la folie (sa fait copier/coller alors que je voulais pas :'( )

cordialement shibane

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Re: Le Chant du Sacrieur.

Message par Smyrne le Sam 17 Jan - 0:08

Bravo pour ton courage^^.

En tout cas, il y a bien une suite mais j'attendais quelques retours et je suis en train d'y réfléchir.
Des mystères vont être éclaircis et une nouvelle vision va se profiler....

Et il sera que La Geste du Sacrieur commence.
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Re: Le Chant du Sacrieur.

Message par Invité le Sam 17 Jan - 13:26

ah ok je me disait bien parce qu'a la fin le pauvre smyrne meurt :'( puis on découvrira surement les homes avec leur capes noirs ? puis pourquoi les instruments on été créé non ? (je suis a fond dedans xD )

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Re: Le Chant du Sacrieur.

Message par Invité le Sam 17 Jan - 13:28

La suite, la suite, la suite ! On veux la suite Smile !

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Re: Le Chant du Sacrieur.

Message par Invité le Sam 17 Jan - 14:21

ouais!! est-ce que l'épée est magique ? pourquoi les instrument était détruit ? alors qu'il pouvais etre utilisé? pourquoi jeckel en est devenu un? quelle est la raison des hommes a la cape noir de tuer des instruments? quelle est ce genre de liste ? qui est leur maitre?
etc...etc...etc...etc...etc...etc...etc...etc...

on veux la suiiite Very Happy

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Re: Le Chant du Sacrieur.

Message par Smyrne le Sam 17 Jan - 19:10

Chapitre septième : "Nous ne sommes que des Pions.

Les Ténèbres. Ou était-ce le Néant ? Smyrne n'en avait aucune idée. Lorsque son esprit s'était évaporé alors que la Mort son dû, toute sensation l'avait quitté. Il n'était plus rien, son corps semblait s'être délité et son âme fragmentée. Pourtant après cet étrange moment de flottement, il avait rouvert les yeux. Ou bien bien avait-il cet impression alors qu'il se liait à la nouvelle réalité qui s'offrait à lui.
Rien, si ce n'était une opaque obscurité qui s'étendait sans limite. Il n'y avait plus de haut et de bas. Ce manque de repère ne fit pourtant pas naître un sentiment de peur au Sacrieur, bien au contraire, il se sentait presque serein malgré les souvenirs de ces actions qui revenaient sans cesse se créer une tanière à la lisière de sa conscience.
Combien de temps avait duré cet état ? Il ne pouvait le dire, il resta ainsi à flotter dans ce vide durant ce qui pouvait être une éternité comme une fraction de seconde. Cette tranquillité fut brisée par des bruits de pas. Bien qu'annonciateur de la venue d'un être, le jeune homme ne vit rien venir avant qu'une lumière ardente ne lui brûle les yeux. Lorsque sa cécité passagère se dissipa, il se trouvait au coeur d'une plaine herbeuse, pleine de senteurs et de sons si typiques de ce genre de lieu. Le bruit lointain d'une rivière, le murmure du vent faisant crisser les hautes-herbes, tout un chant pastoral qui s'insinuait dans chaque être et chaque chose. La surprise laisse place à la joie car ce lieu était celui de son enfance. A la lisière de cette forêt où il avait passé la plupart de sa jeune vie. Sa mémoire coupable se mua en tendre songe. La plénitude l'envahissait et il pensa à ce paradis dont tant de gens vantaient l'existence.
Cependant une voix rauque déchira cet instant de bonheur : "Ne rêvez pas. Ceci n'est qu'un souvenir, un rêve où nous pouvons enfin parler.

Smyrne savait qu'il avait déjà entendu cette intonation râpeuse et inhumaine. Alors qu'il se tournait vers l'origine des paroles, il vit une silhouette qu'il avait déjà rencontré. Fin jeune homme aux traits harmonieux mais subtilement bestiaux. Un corps trop grêle et longiligne pour être humain et des vêtements réduits à l'état de lambeaux pendant.
Il ne reconnaissait que par trop le visage qui ornait ce corps malgré les changements qu'il avait subi. Le sien. Son visage se trouvait devant lui. Sublimé ou corrompu par un ascendant inhumain. Consterné et mis en rage par cette parodie de son propre physique, le mort voulut dire quelque chose mais un doigt fin et griffu se posa sur ses lèvres avant même qu'il est pu pousser le moindre son. Et quand bien il en aurait eu le temps, il se souvint que sa voix l'avait quitté depuis un temps maintenant.
Un sourire narquois se dessina sur le visage de son double mais on y voyait aucune joie comme s'il ne s'agissait que d'une imitation pour la situation et alors que les lèvres de cet étrange interlocuteur s'ouvraient de nouvelles paroles vinrent :
" Je suis désolé si cette apparence vous gène mais je pense que vous allez bien plus l'aimer que la vraie."
"N'importe quoi." pensa le Sacrieur et un autre sourire fugace traversa son homologue qui se mit à changer. Ou plus exactement à se teinter d'un noir d'encre qui envahit tout. Visage, cheveux, vêtements, tout ne fut bientôt plus qu'une sorte d'immense tâche d'une noirceur absolue qui semblait avalée le regard. Ensuite cette tâche fut comme prise de convulsion alors que sa forme devenait vaguement humanoïde et qu'un curieux flou l'entourait. Cette fois Smyrne comprit l'avertissement de l'être. Devant se formait et se tenait cet amalgame de notes musicales qui l'avait soutenu durant son combat contre l'Osamodas. D'une voix maintenant atone, l'entité s'exprima : J'ai reçu de le nom de "Requiem für das Leben" mais nommez moi "Requiem", mon Hôte."

Curieusement, celui qui était devenu un Orgue se sentit soulagé d'enfin rencontré cette Folie qui semblait mener sa vie. Il ne put s'empêcher d'être fasciné par cette forme mouvante qui le fixait sans posséder d'yeux. Sa voix. Celle qu'il n'avait pas entendu depuis sa possession se révéla enfin alors qu'il posait la question suivante : "Qui es-tu vraiment ? Et pourquoi me harcèles-tu ainsi ?"
De son ton monochorde, Requiem déclama : "Je ne peux répondre complètement à vos questions, je ne suis qu'une masse d'informations créer dans le but de servir Sacrieur. Je dois être la quatorzième création de l'Organiste du Sang connu sous le nom de Sacrieur. Mon rôle est de conduire mon hôte ou moi même à l'objectif inscrit dans ma Partition. La Protection contre le Titan Rebelle est ma mission principale. La Protection est ma mission secondaire. Ainsi parle ma Partition."
- Alors pourquoi m'as-tu poussé à tuer Jeckel et les autres ? cria presque Smyrne
- Ils étaient un obstacle à la mission secondaire tout comme à la mission tertiaire.
- Comment ? Explique !
- Jeckel Jacob. Porteur d'un violon était un hôte instable dévoré sa Partition. La mission Tertiaire implique la destruction des hôtes instables pour que la Partition puisse-t-être transmise à un nouvel hôte. Les individus Crâ et Iop se sont opposés à l'accomplissement de la mission tertiaire. Ils ont donc été éliminés.
- Mais qu'est-ce que c'est que cette folie ? Si j'avais été sous le coup d'un sort ou d'une malédiction j'aurai pu comprendre mais là...c'est...c'est juste fou...
- Erreur. Ce n'est pas "fou". Il s'agit d'une stratégie. La Partition a besoin d'un hôte pour accomplir ses missions. L'hôte doit lutter mais en même temps accepter la Partition pour que les missions s'accomplissent. En somme, la Partition n'agit que si l'hôte est en accord avec ses décisions. Dans le cas contraire, la Partition détruit l'hôte et lance une Sonate d'appel pour qu'une autre Partition vienne la libérer de son hôte. Cependant pour sélectionner des hôtes forts, il doit y avoir lutte "fratricide".
- Arrête ! On dirait un Xelor évoquant son dernier gadget !
- En effet. Pour pallier à tout problème, les rares capacités de raisonnement ont été conçues selon des matrices fournir par Xelor. Sacrieur fournit juste les Notes à introduire dans la Partition. Ecaflip le Hasard de l'hôte. Féca fabrique l'Instrument. Enutrof apporte le Matériel, Sadida et Osamodas fournissent la Vie, Eniripsa donne les Noms, Crâ donna la Stratégie, Iop donna la Puissance, Pandawa prêta le Contrôle et Sram fut celui qui apporta le Poison. Ainsi je fus créé.
- C'est vraiment aberrant, cela va au contraire des Dieux ! Iop n'agirait pas ainsi !
- Je ne peux répondre à cela. La Réponse n'est pas dans ma Partition. Je n'ai qu'une seule phrase : "Nous ne sommes que des Pions."

Quelque chose se brisa alors dans le disciple. Puis un rire fou le secoua. Tout devenait évident. Après tout qu'étaient eux simples mortels pour les Dieux, si ce n'était une sorte d'aliment ? Actuellement et d'après les légendes qu'est ce qui importait vraiment leurs "protecteurs" ?
Ne voulant pas s'avouer d'autres réponses à d'autres question, le guerrier resta prostré laissant perler cet étrange gloussement que l'on trouve souvent aux confins de la démence.
Requiem continua :
" Nous devons y aller mon hôte."
- Et puis quoi encore ? Va te faire voir ! Toi et tes maîtres !
- Ils ne sont pas mes maîtres.
- Alors cesse de me harceler même dans la mort ! Je n'ai déjà que trop succombé à ta furie !
- Vous n'êtes pas encore mort. Ma mission l'emporte sur vos sentiments. Cela aurait juste été moins douloureux si vous aviez accepté.

Ainsi dans ce monde onirique où Smyrne pouvait de nouveau parler, ses hurlements retentirent à nouveau alors qu'une Musique cherchait à l'arracher à l'étreinte de la Mort. Pourtant alors qu'il se faisait torturer une deuxième fois, le Sacrieur ne lâcha pas prise. Plus que de la douleur, il ressentait la même rage infinie que lorsque le Reqiuem l'emplissait mais cette fois, il la ressentait seul.
Il n'était qu'un Pion ? Soit il allait en être un mais dans un autre jeu.
Pour la première depuis des siècles, Requiem crut ressentir une émotion alors que les Notes s'altéraient. Il devait préserver l'hôte à tout pris si celui-ci se révélait compatible. Le forcer à lutter contre la Folie pour qu'il grandisse en force mais en ce jour et en cette heure, c'était le Requiem lui-même qui devait lutter contre une Folie qui pénétrait sa Partition.
La guerre entre les entités serait longue mais après tout, elles n'étaient que des Pièces. Qu'importait le vainqueur, il y aurait toujours des remplaçants. Les Dieux avaient tout leur temps pour que surgissent de vraies armes.


Pendant ce temps, à des éons du duel mental entre le monde des vivants et des morts, un homme se tenait au milieu d'une pièce assez vaste pour être un grand salon. Au fond de la salle trônait un bureau fait d'un bois proche de l'ébène mais au grain plus fin tandis que des vastes étagères chargées de livres et parchemins entouraient tout le reste dans la pièce.
L'homme se tenait donc au milieu vêtu comme à son habitude de sa cape et de son manteau noirs et élimés. Les chaînes qui serpentaient sur ce sombre costume semblaient être douée d'une vie propre ou qu'un vent fantomatique ne faisait bouger qu'elles. Dans sa main apparut une fine baguette de bois. L'autre main, la droite resta vide. Avec délicatesse, il souleva la main gauche tenant avec la même douceur l'outil qu'il pointa vers un coin de la salle. Là, il l'abaissa avec violence. Alors le chant gémissant de dizaines de violons surgit du néant puis avec la même énergie, il dirigea son bras gauche vers un autre coin tandis que la main droite dessinait des vagues en direction violons invisibles. Un tonnerre de cuivre déchira alors l'atmosphère du bureau.
L'homme se mit alors à alterner les indications de ses deux mains. Des ouragans de flutes, des sifflements de haut-bois, tout surgissait du vide pour le remplir d'une symphonie grandiose tandis que le personnage se tenait au milieu de cette tempête. Ses mouvements de plus en plus vifs et impétueux entrainaient dans leur sillage les instruments qui laissaient exploser toute la beauté et la puissance dont ils pouvaient être dépositaires.
Puis l'homme bougea moins vite. L'air perdit en grandeur et en majesté ce qu'il gagna en sérénité. En même temps que son ton devenait plus paisible, un petit concert semblait se dérouler parallèlement. Plus faible et donc moins audible, il n'en était pas moins plus vigoureux et imposant. Puis un dialogue s'instaura entre les deux airs.
Et ce dialogue devint à nouveau un hymne puissant et imposant qui éveillait le coeur, ravivait l'espoir mais aussi faisait ressentir le prix de cet espoir.
Et soudain, alors qu'une apothéose s'approchait alors qu'un crescendo montait de plus en plus haut, celui s'était érigé en chef d'orchestre abaissa ses deux bras d'un geste brusque. Et avec la même brusquerie, tout s'arrêta. Le vide reprit à nouveau ses droits.

L'homme soupira, il était temps de se remettre au travail.
Il se dirigea alors vers une structure qui semblait organique qui sortait du sol. La chose prit la forme d'une table semblable à un planisphère. Là dessus, le meneur fit apparaître des figurines de glaises et observa leur ballet muet. Il en vit qui tombait en poussière tandis que d'autres s'approchaient d'une zone bien précise et s'y réunissaient mais se mettaient alors à tourner autours dans un lent menuet sans jamais rentrer au coeur de cette zone.
Mais l'un d'elles attira l'oeil de l'étrange personnage, elle était constituée d'une sorte de matière translucide et ne bougeait pas.
Un petit rire le secoua quand il reconnut le Sacrieur portant le nom de Smyrne. Ce jeune homme était allé à la rencontre de son Destin. Lorsque la statuette se brisa en éclat, une ombre passa sur le visage dissimulé de l'homme.
Il avait espéré que ce jeune homme serait un de ceux qui échapperait à la malédiction mais le Destin en avait décidé autrement.
Cependant, lorsque la stupeur l'envahit, il ne réprimer le rire joyeux de celui qui accomplit son dessein.
Lentement, il vit les éclats se rassembler pour donner une nouvelle figurine.
Elle était toujours à l'effigie de Smyrne mais il y avait autre chose dans le regard du jeune homme. Une mélancolie qui en était absente auparavant. Mais dans cette nouvelle émotion qui peignait les yeux du guerrier, on trouvait aussi une pointe d'amertume de celle que l'on voit chez ceux qui n'ont pas achevé leur devoir.
L'homme continua de rire. Une porte venait de s'ouvrir pour ce gamin et il fallait en profiter.
Et l'observateur disparut comme happé par les ombres.
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Re: Le Chant du Sacrieur.

Message par Invité le Lun 19 Jan - 22:05

waaaaaaaaaw!!! mais t'es super chiant !!! il y a encore autant de suspense que dans les autres je veux la suite ><"

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Re: Le Chant du Sacrieur.

Message par Smyrne le Mar 20 Jan - 23:12

Chapitre huitième : Humain
Une bataille sans fin ni commencement entre deux êtres qui s'opposaient dans la Folie. Rien ne les limitait, rien ne les empêchait de déchainer des forces inconnues. Dans ce monde irréel, à la lisière du rêve et du royaume des morts, les lois du monde réel n'avait plus cours. Les choses qui définissaient notre monde disparaissaient au profit de nouvelles règles si celles-ci existaient.
Là, au cours de ce duel, plus rien n'existait, seuls des concepts apparaissaient, cristallisaient puis s'évaporaient en une poussière miroitante.
Requiem, l'Orgue de Sacrieur baptisé "Requiem für das Leben" luttait pour l'accomplissement des missions qui lui avait été attribué. Pour cela, il devait maintenir en vie son hôte.
Smyrne Velir, l'hôte en question ne recherchait que le néant de la Mort pour absoudre ses péchés.
Deux buts distincts et opposés. Plus que des entités, ce furent les concepts eux-même qui s'affrontaient, s'affranchissant de la forme physique, limitée et définie dont ils disposaient.
Ils grandirent et montrèrent par la forme hideuse et inconcevable qu'ils prirent les tourments qui agitaient l'âme de Smyrne et la détermination froide et impassible qui animait Requiem.
Ainsi cet espace qui peu avant était semblable à une praire verdoyante était devenu une lieu vide, apologie nihiliste des perceptions des deux entités.
Elles n'étaient que les deux choses qui donnaient corps et définissaient cet univers en le voyant, le sentant et toutes autres formes de sensations. Maintenant qu'elles se livraient à cette lutte dantesque et métaphorique, plus rien n'existait sauf elles dans cet univers fictif et fluctuant.
Deux protoplasmes tentaculaires se déchiraient. Chaque appendice était une pensée, un argument ou une notion qui habitait la créature qui les possédait.
La rationalité affrontait l'imaginaire. La bonté combattait l'impassibilité. Le devoir luttait contre les sentiments.
Combien d'autres choses se livrèrent ainsi à ce carnage fratricide et idéologique ? Seuls les deux adversaires pouvaient le savoir et encore.
Car tous deux n'étaient plus des consciences. Ils avaient perdu en ego ce que leur puissance avait engendré.
Leurs buts avaient disparu au profit d'un simple désir de domination.
Monstres aberrants, dévorés par leurs puissances, oubliant ce qu'ils étaient réellement. Ils n'étaient pas de grotesques parodies mais de simples créatures pitoyables s'étant perdues.
Si la Mort est le Néant alors l'Oubli est sans doute l'Enfer. Pas de repos mais une débilitation extrême, une forme de vie ignoble,primitive et absurde.
Sans objectif, juste une vie gouvernée non plus par les instincts les plus bas ou les idéaux les plus nobles mais par des pensées vides et irrationnelles.

Puis ce qui avait été Smyrne recracha du fond des méandres de ce qui avait été sa mémoire, un souvenir. Une image étrange qu'il n'avait pas encore utilisé dans ce combat millénaire qui l'opposait à l'autre.
Cette image montrait une chose inconnue se plaçant devant une autre pour stopper une autre entité.
Cette pensée visuelle représentait quelque chose mais l'entité ne le comprenait pas. Elle projeta cette image en un nouveau tentacule qui frappa l'adversaire honni.
Pourtant, une chose tiraillait l'entité. Cette mémoire ouvrit une porte vers une autre image, puis une autre et encore une autre. Une infinité de messages passèrent ainsi dans les restes de consciences de ce qui avait été un humain. Cependant seule cette première image persistait continuant de remuer dans les entrailles de la masse. Soudain un stade de saturation apparut ou alors était-ce un éveil car la un nouveau concept jaillit dans le néant : la parole.
Une voix forte cria :
MOI ! MOI ! MOI !
Ce simple mot se répercuta dans l'espace et il fut suivit par d'autres sans queue ni tête, formant une structure complexe incompréhensible pour les deux combattants : "Moi protégeant une amie."
Malgré son caractère étranger, cette phrase provoqua une distorsion dans ce qui avait été Smyrne. Elle réveilla des choses endormies et surtout un concept unique, matérialisé par cette simple phrase.
Cette suite de mots devint alors compréhensible Smyrne. Oui. Pour Smyrne. Car la nouvelle notion fit imploser la structure inhumaine, la distordit alors qu'en son sein germait une nouvelle forme d'existence.
Cette nouvelle forme se tenait flottant face à un adversaire incommensurable. Cette apparence minuscule, presque ridicule devant l'immensité universelles de son ennemi, se tenait fière et droite. Irradiant de toutes ses forces mais aussi de ses faiblesses. Brûlant de toute se majesté mais aussi de sa décrépitude.
Elle était ce qu'elle était : l'humanité.

Flambeau iridescent dans cet univers sombre, elle était là, porteuse d'espoirs mais aussi d'un danger omnipotent, cette humanité qui différenciait l'Homme de l'Animal mais qui pouvait aussi le faire tomber plus bas que ce dernier. Et pareil à une torche attirant des papillons dans la nuit.
Ce Smyrne attira à lui le léviathan indicible. Ce dernier voulut briser cette nouvelle et faible coquille mais un nouveau fanal fut tiré dans cette nuit éternelle.
Une nouvelle phrase qui frappa l'entité de compréhension :
"Merci. Mon ami."
Plus qu'un phare dans la nuit, cette sentence devint un pont vers ce qui avait été Requiem car quelque part. Dans des mémoires oubliées et scellées, un concept répondait à cette phrase. Il était jusque là resté terré et dissimulé dans les replis innommables mais là, on l'attirait vers cette lumière. ce concept : l'union.
De cette petite chose, une chaîne de conséquence s'enclencha, réunissant des Notes qui s'étaient éparpillées dans la lutte, reconstruisant le puzzle de ce qui avait été Requiem. L'union. Même les Douzes et leurs guerres mesquines et intestines pouvaient parfois s'unir pour accomplir un but, se rapprochant par la même de cette humanité dont ils se jouaient.
L'humanité, la valeur inconnue de Requiem. La valeur volontairement effacée de sa Partition pour qu'elle ne le détourne pas des missions intégrées en lui.
Mais là, elle était ici, s'insinuant en lui. Lui prouvant son existence au sein même de sa logique froide et impitoyable. Il avait été conçu pour protéger et rien d'autre mais son devoir se limitait aux dieux.
Les notions humaines de Smyrne submergeait Requiem en un instant de grâce se fit. Durant ne serait-ce qu'une seconde, un libre-arbitre creusa sa place dans la Partition de l'Orgue. Détruisant alors une part des ordres divins. Durant ce moment infinitésimal, Requiem choisit. Il était un semeur de desespoir et de folie. Son existence même conduisait des humains aux pires extrémités mais c'était sa nature, il ne pouvait la changer.
Alors il choisit durant cet instant où il devint presque humain, il choisit de devenir un Gardien. Non pas un protecteur de l'ordre établi par les Dieux. Mais un gardien de ce monde et de ces faibles créatures qu'étaient les humains.
Toujours, il resterait celui qui amène un fardeau sur le poids d'un humain. Il sacrifierait un pour sauver la multitude et lui aussi porterait le poids des péchés.
Lorsque ce laps de temps disparut, les deux adversaires se mélangèrent.
Car ce qui était Smyrne avait trouvé une résolution à travers celle de Requiem. Ne pas oublier ses erreurs dans la Mort mais les porter dans la Vie et tenter de les absoudre par le devoir.
De l'étrange fusion naquit un arbre portant une infinité de fruits. Une troisième vie venait d'apparaître. Des racines portant le poids des vies passées, présentes et futures. Des branches protégeant de leur couvert toutes ses existences et des fruits pour les nourrir.
Cette germination fut accompagnée par un choeur.
Etait-ce là, le véritable Chant du Sacrieur ?
Oui pour Smyrne.
Non pour Sacrieur.

Et alors que ce monde semblait se dissiper, une main sortit d'un sol fangieux. Puis un corps qui éructa pour chasser la terre qui lui bouchait les bronches.
L'individu se dégagea. Ses cheveux blancs maculés n'avaient rien de remarquables mais ses yeux azurs brillaient d'un éclat divin.
A la lisière de son esprit, une Folie sans nom brûlait, prête à reprendre son rôle dans une mascarade aux proportions inimaginables.
Tous deux étaient de retour. Pour le meilleur ou pour le pire.

Des applaudissement rompirent alors le silence des lieux. A côté de Smyrne, assis sur un rocher se tenait cet homme qui averti le Sacrieur. Un prophète de malheur dont la cape ne laissait voir que le menton et un sourire narquois.
Smyrne ne dit rien et l'étranger parla à sa place, le félicitant pour son retour dans le monde des vivants. Parlant des cinq ans qui s'étaient écoulés depuis sa mort. Le jeune homme n'écoutait que d'une oreille, observant l'épée dont il s'était servi pour abattre un de ses amis. Comme lui, elle était souillée par ce péché, aussi la prit-il pour la nettoyer.
L'homme lui dit qu'il faisait bien. Une arme qui était restée à ses côtés tant de temps sans changer pour un maître plus actif ne pouvait qu'être une bonne lame.
Smyrne sachant que sa voix n'était pas revenue, ne répondait rien, ce qui ne semblait pas indisposé son interlocuteur.
Il s'agenouilla sur les tombes de ses amis.Il supposait à raison que celui qui leur avait offert cette sépulture était cet étrange personnage. Lorsqu'il voulut partir, l'homme lui lança une tablette, lui expliquant son fonctionnement. Il suffisait d'écrire puis de secouer pour effacer.
D'un signe de tête, Smyrne le remercia sachant que cet homme agissait avec une raison en tête. Une pensée lui traversa l'esprit alors qu'il voulait connaître le nom de cet homme. Un seul mot jaillit alors de la bouche du personnage :
"Déicide"
Smyrne sourit alors et quitta les lieux. Il était plus que temps de commencer la partie.
Il n'était toujours qu'un Pion mais maintenant, il allait suivre ses propres règles. Tout comme Requiem avait redéfini les siennes.
Un temps pour la revanche viendrait. Pour l'instant, il fallait réparer.


Le magicien regarda le Sacrieur s'en aller d'un bon pas. Un jour, ce jeune homme mourait mais l'empreinte qu'il aura laissé dans son Orgue apportera des changements majeurs dans ce monde. Sur la centaine d'hôtes que Requiem für das Leben avait habité, celui-ci serait sans doute le plus important.
Le prochain hôte avait vraiment une chance folle pensa le thaumaturge.
Maintenant, qu'il avait constaté de lui-même la renaissance de ce héros de l'ombre, il devait s'atteler à une autre tâche. Dans une des tombes, un esprit ne trouvait pas le repos. Torturé par la vengeance et le regret, il se morfondait. L'homme dit alors de son voix de baryton :
" Je peux réaliser ton souhait. En échange, tu m'appartiendras de corps et d'âme. En échange, je te permettrais de trouver le ou les coupables de ton état."
Il n'y eut pas de vraies réponses mais le mage sentit l'acceptation de l'âme en peine.
Aussi il prononça des paroles cabalistiques et la terre s'ouvrit, mettant à jour un cadavre dont le corps se recomposait petit à petit.
Les vêtements rongés par le temps furent remplacés par de nouveaux. D'une couleur noire, il donnait au corps un air lugubre et malsain. Mais le plus étonnant fut l'apparition de ronces qui s tissèrent dans le tissu.
Un cri muet transperça alors l'air.
Mais l'homme avait disparu, laissant sa victime sanglotante alors que son corps avait retrouvé son état originel. Seul restait un message tracé dans le sol : "Vous m'appartenez désormais, mais je saurais tenir ma part du contrat. Signé Feuilargent."

Le contractant pouvait-il croire ces mots ? Il ne le savait. Puis rompu par sa douleur et son chagrin, il se leva et partit dans une direction opposée à celle de Smyrne.
Dans son antre, Feuilargent observait la danse de la figurine de Smyrne, elle était erratique et aléatoire. Une danse parfaite.
Enfin, la Geste du Sacrieur pouvait commencer.



Dernière édition par Smyrne le Mer 21 Jan - 23:09, édité 1 fois
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Re: Le Chant du Sacrieur.

Message par Andooreal le Mer 21 Jan - 19:46

J'adore Very Happy J'ai pas lu le chapitre 7 encore (M'en veut pas x) )

Je suis entrain d'écrire le mien mais je me rend compte que c'est vachement long xD
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Re: Le Chant du Sacrieur.

Message par Invité le Mer 21 Jan - 19:54

c'est donc loin d'etre finit ^^ franchement malgré les fautes (d'inattention parce que orthographe j'ai rien trouvée ^^) c'est super!!!

PS: j'ai poster 2chapitre :p sur le mien

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Re: Le Chant du Sacrieur.

Message par Smyrne le Mer 21 Jan - 23:08

J'ai réécrit le chapitre huit. Moins de fautes et un texte entièrement changé.
Bonne lecture, merci pour vos commentaires et bonne chance pour vos BG^^
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Re: Le Chant du Sacrieur.

Message par Smyrne le Dim 25 Jan - 14:05

Chapitre neuvième : La Geste du Sacrieur.


"...Comment pourrais-je décrire ce que je ressentais ? La vie qui m'avait quitté me laissant dans un paradis que j'avais moi-même changé en enfer, était revenue. Certes, je ressentais toujours des remords car j'avais assassiné ceux m'étaient chers et tandis que leurs corps croupissaient dans des tombes, moi, je marchais à nouveau, humant un air qui me semblait charger d'un nombre incalculable de senteurs et d'arômes.
Cependant au delà de ce ressentiment envers moi-même, une détermination inégalée par rapport à ce que j'avais pu ressentir m'animait. Je m'apprêtais à livrer une guerre larvée, dissimulée aux yeux des autres mortels.
Je ne savais que trop bien qu'il s'agissait d'une chasse à la chimère, une utopie qui guiderait le reste de mon existence mais qui jamais ne serait assouvie.
De plus, je ne pouvais que sentir que la Folie dévorerait sons doute mon âme avant que je n'accomplisse quoi que ce soit.
Pourtant. Pourtant, elle était là, cette sensation d'être prêt à tout. De tout endurer pour parvenir à mes fins. Je la ressentais au plus profond de mon être. Chaque que j'effectuais alors était mû par ce sentiment inébranlable.
Il ne s'agissait pas de la sombre voie de la vengeance. Non, tout ce que je désirais, tout ce que je souhaitais, c'était d'un jour parvenir à venir en aide à ceux qui comme moi se trouvaient être les jouets malléables des Douzes.
Pour cela j'userais de Requiem tout comme Requiem allait user de moi, entraînant mon esprit vers des confins de plus en plus obscurs et ou la raison deviendrait une forme de folie douce.
Dans le jeu des Dieux, j'allais devenir un élément de hasard, une incertitude. Je me poserais au dessus de leurs conflits mesquins et finirais brûler par ce rêve.
Car que pouvais-je faire seul ?
Je ne restais qu'un disciple portant les dons de Sacrieur. Tenter de réunir des gens ne servirait à rien. Je ne voulais pas entraîner d'autres personnes dans ce monde de ténèbres qu'était devenu le mien.
Ma détermination me poussait à donc à m'ériger en protecteur. Autant que possible, je veillerais sur mes pairs, les préservant des desseins sombres ou non des Douzes.
Je ne marcherais ni du côté de ce que l'on baptisait le "Bien" ou le "Mal". Je ne marcherais que seul. Porté par ma seule éthique, possédant ses forces, ses faiblesses et ses incohérences. Mais après tout, n'était-ce pas cela le don que nous, êtres humains avions par rapport aux Dieux. Un libre-arbitre dépassant les notions transmises par les mots et composé d'un mélange de logique et de pensées irrationnelles ?
Je souriais faiblement alors que ces réflexions envahissaient mes pensées.
Elles étaient inutiles en soit mais me permettaient de focaliser ma conscience fraîchement de retour sur quelque chose.

Après mes pensées, ce fut mon corps qui mobilisa ma concentration. Depuis mon retour, j'avais l'impression que toutes les choses qui composaient le monde étaient plus intenses.
La lumière du soleil me semblait à la fois plus forte, plus aveuglante mais en même temps plus douce sur ma peau. Plus caressante que brûlante, une véritable bénédiction offerte par la Nature.
Ma vue étaient attirée par toutes sortes de nouvelles couleurs que je connaissais pourtant. Elles me semblaient toutes plus vives, plus agréables les unes que les autres, décorant l'univers d'une palette infinie.
Je respirais un grand coup, ressentant dans une superbe synergie, les fragrances, la chaleur et la vision merveilleuse d'une nouvelle vie qui s'ouvrait à moi.
Autant profiter des merveilles qu'elle pouvait m'offrir avant de sombrer à nouveau dans un cauchemar éveillé.
Les bras en croix, j'émettais un cri muet d'extase et de paix.
Puis alors que les dernières particules d'air quittèrent mes poumons, mes yeux se voilèrent un instant. Soudain un éclat nouveau les éclaira. Ils n'étaient plus deux gemmes brillant des étincelles du bien-être.
Pourquoi ? Parce que cette détermination dont je traitais quelques lignes plus haut était présente mais cette fois à tous les niveaux de mon être.
Je ne pouvais que ressentir cette lueur froide et intangible, ce sentiment à la fois chaud et glacial.
Un sentiment qui annihilait, qui révoquait mon être pour un seul but.
Une détermination froide, proche de celle du Requiem. Car nous le savions tous deux. La Musique n'avait pas été la seule à changer.
Mon épée parfaitement calée sur mon dos et mes épaules, je me remis en marche vers celle nouvelle destinée qui m'attendait."

HRP : Un chapitre court mais servant d'introduction aux petites intrigues qui vont constituer le récit./HRP
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Re: Le Chant du Sacrieur.

Message par Andooreal le Ven 30 Jan - 2:51

Encore uen fois un Chapitre superbe Very Happy Bravo Very Happy
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Re: Le Chant du Sacrieur.

Message par Barmenhal le Mar 19 Mai - 20:54

Je le dis, c'est la première fois que je lis autant en une seul fois un truc aussi captivant!!! s'tu veux, tu pourrait en faire un livre je suis assez (très !!!) débrouillard et j'peux te balancer ce manuscrit dans une boite au lettres d'une maison d'edition!!! j'te jure tu pourra avoir du succes un truc phénoménale! en plus tu sais jouer avec le lecteur, un truc primordiale pour un écrivain... j'ai moi-même écrit une trilogie d'environ 1500 pages en tout, mais bon c'est ultra glauque, j'l'ai pas envoyer ^^

S-M-Y-R-N-E!!! smyrne!! en force !!!!

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Re: Le Chant du Sacrieur.

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